Élodie Nourrigat : NBJ Architectes

Rencontres / Publié le 08 Octobre 2018

Elodie Nourrigat a fondé l'agence NBJ Architectes avec Jacques Brion en 2000. Elle enseigne à l’École d’Architecture de Montpellier. Docteur en Architecture, ses recherches portent sur l’évolution des villes à l'heure des NTIC.

Élodie Nourrigat : NBJ Architectes

Comment et pourquoi êtes-vous devenue architecte ?

Au risque de casser le mythe, c'est un choix par défaut. Je n'en ai pas rêvé petite, je ne jouais pas aux legos. En sortant du bac, je n'étais pas très inspirée par les matières que j'avais étudiées jusque-là, j'avais besoin de quelque chose de plus pratique et applicable, et surtout qui ne soit pas hyper-spécialisé. Je n'avais pas envie d'entrer à la fac, de devenir ingénieur, ce qui m'intéressait c'était avant tout la transversalité. Et je me suis dit qu'architecte ça pouvait être pas mal…
La passion est arrivée après, en école d'architecture, où j'ai pris la pleine mesure de l'intérêt de ces études et de ce métier.

Quel rôle pour l’architecte au XXIe siècle, selon vous ?

Notre rôle est d'être éminemment un acteur de la société, tout simplement parce qu'on construit des espaces dans lesquels les gens vivent, travaillent, se nourrissent ou se divertissent... En cela on devient un acteur de la société, sur laquelle on se doit d'être en veille constante sur les attendus, et de travailler sur l'évolution des usages. Cela nous amène à concevoir des lieux différemment, les plus adaptés aux attendus de la société.
Un architecte, c'est quelqu'un qui est en capacité de s'inscrire dans une histoire – des choses, des lieux, d'un patrimoine - parce qu'on ne créée pas à partir de rien, mais avec la volonté de se tourner vers l'avant, car il faut donner aux bâtiments cette force de traverser le temps. C'est donc une posture prospective.

 

Quelles sont vos influences et sources d'inspiration ?

Elles sont multiples. Tout m'intéresse, ce qui est important c'est de comprendre les conditions de création d'une architecture, comment émergent les choses, dans quelles conditions. De systématiquement rattacher les éléments à un contexte, historique, social ou économique, pour éviter de s'accrocher à une dimension exclusivement stylistique.
Tout m'intéresse et tout m'inspire, y compris des architectures déconnectées, des travaux sur les objets…

Qu'est-ce qu'une architecture réussie selon vous ?

Un projet réussi, c'est déjà un projet bien vécu. On le voit en général parce qu'il est respecté, subit peu de dégradations. Il est aussi réussi si c'est une architecture située, c’est-à-dire qui correspond à un contexte climatique, environnemental, historique… Un objet architectural qui ne soit pas déconnecté, et en capacité de faire du bien.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fière ?

À l'agence, on est fiers de toutes nos réalisations, on n'a pas de cadavres dans le placard (rires) ! Mais certains projets ont été plus marquants car ils nous ont permis de changer d'échelle.
C'est le cas du projet réalisé à Gignac pour la Communauté de Communes de la Vallée de l'Hérault, qui nous a apporté une visibilité et une reconnaissance dans notre territoire d'implantation. Par ailleurs, il se situe à l'articulation entre l'échelle architecturale et urbaine.
En effet, l'architecture n'est pas un objet déconnecté d'un sol : les espaces publics qui vont avec le bâtiment sont aussi importants que le bâtiment lui-même. Ce projet nous a permis d'entrer dans une dimension urbaine, en commençant à travailler sur des ZAC.
Notre spécificité, c'est la pluralité : on est capables de passer d'un collège à une base de maintenance d'hélicoptères, à un office de tourisme. Le changement d'échelle nous intéresse et pour chaque échelle, on a des projets référents. Ce qui nous intéresse également, c'est la notion d'architecture inattendue : sur des programmes éminemment fonctionnels, comme des centres techniques municipaux, nous cherchons à apporter une dimension architecturale pour le bien-être des gens qui y travaillent.

Élodie Nourrigat : NBJ Architectes

Comment analysez-vous l'impact des nouvelles technologies sur votre métier ?

Ce qui m'intéresse c'est plus les changements d'usages dans l'espace public et dans les bâtiments. Sur le métier en lui-même, il y a des changements avec l'apparition du BIM complexes à gérer, on n'a pas encore tous les tenants et aboutissants, il faut être méfiant. C'est un outil intéressant, qu'il faut utiliser - on n'a pas le choix - mais il faut veiller à ce que l'architecte préserve sa place et ne se trouve pas totalement dépossédé parce que l'outil prendrait le pas sur la création. Le BIM crée des modèles duplicables, ce qui pose question en termes de propriété intellectuelle, or cet aspect-là n'a pas encore été vraiment travaillé. Mais, fondamentalement, le BIM n'a pas modifié ma façon d'aborder et de concevoir un projet.

Quelle importance accordez-vous au matériau dans votre pratique ?

La question des matériaux est essentielle, puisque c'est l'une des trois composantes essentielles de l'architecture, où l'on manipule de l'espace, de la lumière et de la matière.
Le rapport avec les industriels est important car l'architecte a besoin de dialoguer avec les fabricants pour mieux comprendre les matériaux et aussi parfois être force de proposition (…) C'est intéressant de travailler avec les industriels en amont, et de pouvoir s'appuyer sur leurs centres de R&D pour rechercher des solutions. Ainsi, notre collaboration avec Technal, pour une maison individuelle à Montferrier-sur-Lèze qui présentait un défi technique, nous a valu un prix au Palmarès de l'architecture 2014.

Élodie Nourrigat : NBJ Architectes Élodie Nourrigat : NBJ Architectes

Pour conclure, quelle est votre vision de la ville de demain ?

Heureuse, j'espère (rires).
Je pense qu'on va vers une ville négociée, qui va se construire de manière différente d'aujourd'hui, y compris en termes de gouvernance (..). Toutes les composantes de la ville sont appelées à dialoguer davantage, les habitants, les acteurs économiques et les collectivités. Ce que j'ose espérer c'est qu'on soit en capacité de s'inscrire dans des villes plus en accord avec leur environnement proche. Il y a la question environnementale normative, mais il y a aussi le bon sens. Trouver le bon sens du lieu serait une belle chose.

Portrait chinois

 

Une couleur ?
Le Bleu

Une émotion ?

L'enthousiasme

Un matériau ?
Une matière texturée

Une ville ?
Tokyo, parce que c'est une ville qui donne un sentiment chaotique et en même temps super ordonnée et facile à pratiquer. Il y règne une diversité, un bouillonnement, une excitation et pourtant on s'y sent extrêmement à l'aise en raison de ce côté très ordonné.

Un personnage célèbre ?

Richard BuckMinster Fuller, architecte américain et génial inventeur du XXe siècle, découvreur du principe de tenségrité, et tenant du « Do more with less ».  

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